trouver refuge
15h51 Bibliothèque d’art de Copenhague, Danemark
Cela fait longtemps que je souhaite écrire sur un sujet, mais je ne trouve pas les mots justes. Je sens que mes mots sont maladroits, naïfs et utopistes à la fois.
Pourtant, j’y pense chaque jour. Alors, il est temps de tenter de délivrer brute ma pensée. Alors que je vis une vie riche et palpitante en voyageant, on me félicite de ce que j’entreprends. Les gens que je croise me disent souvent que je suis « courageuse ». Ce mot m’interpelle, j’ai choisi de voyager dans ces conditions et je n’en tire ni stress ni angoisse, un simple sentiment de liberté. J’ai l’un des luxes les plus rares et précieux: le temps.
Traversant des pays européens seule, je peux suivre mon propre rythme. En fonction de mes envies, je dors parfois à la belle étoile, en camping ou chez l’habitant. Je suis accueillie partout, à tel point que je me sens chez moi n’importe où. J’ai alors l’impression que le monde nous appartient à tous ! Un instant, cela me rend heureuse, puis je reviens à la réalité. Je prends conscience que ma réalité est une exception.
Impossible de ne pas faire un parallèle avec ceux qui sont contraints de quitter leur pays, qui voyagent avec la peur au ventre (eux, de manière totalement justifiée) et avec moins que le strict minimum, tandis que moi, je transporte des sacs remplis de ce que j’estime être l’essentiel pour vivre. Je ne peux pas imaginer le calvaire que vivent toutes ces personnes. Calvaire qui continue en arrivant dans leur pays d’accueil.
Un tel décalage est vertigineux et révoltant. Ce n’est pas courageuse que je suis mais plutôt chanceuse d’avoir toutes les conditions réunies pour pouvoir vivre ce luxe sans me préoccuper du reste.