LETTRE POUR TOI

Toi !
Toi qui me gardes prisonnière en toi.

Toi là !
Toi qui me regardes en moi.

Je te défie de donner sens au non-sens.

J’agonise, je crie.
Tu m’entends.
J’agonise, je crie.
Tu le ressens.

Toi là !
Arrête de t’infliger ça.

Je souffre, tu souffres.
Je souffre, je souffre.

Parfois, j’essaye d’avancer.
Tu t’endors.

Parfois, j’essaye de me reposer.
Tu cours.

Dès que j’essaye de me caler, tu te décales.
Refuses. Trouves des excuses. Même m’accuses.

Je te demande seulement du répit.
Virevolter ensemble à nouveau.
Être ensemble. Un ensemble.

J’aimerais dire que je ne te hais pas.
Pourtant—
un non-sens.

Satané buisson.

Que ce soit toi, moi,
l’un de nous doit partir.
Même si ça implique de se suivre.

L’un avec l’autre, éternellement ivres.
Ivresse d’insouciance. Ivresse de bonheur.

Non.

Ivresse de paresse.
Ivresse d’incohérence.
Stupidité maladive.

De rares fois,
nous marchons ensemble.
Nous marchons proches.

Alors—
une explosion de sensations,
de tout,
de trop,
et même de rien.

Le rien devient une page blanche.

Espace fascinant
où tout est possible,
où tout existe.

Tout se passe en même temps.

Tout, tout, tout.

Tout tourne.
Tout tourne avec tout.
Tout tourne avec le rien.

Tout tourne dans ma tête,
ta tête,
notre tête.

Frénésie sans fin.
Qu’on pense.

Pourtant,
encore et toujours,
la fin nous dévore.

Avant notre dernier souffle commun :
un regard,
une pensée commune.

Le temps d’un instant,
nos interminables querelles
en valent la peine.


On peut vivre pour ça.

Attendre,
dans le sang et la douleur,
qu’elle revienne.

Quand on est capable
d’être en harmonie comme ça—

Ça,
ça restera.

Ça mérite qu’on vive pour ça.

Là, t’es pas née pour rien.
T’es nécessaire.
Pas superflue.

Là, on a une nécessité :
la nécessité d’être.

Et c’est ça qu’il faut retenir.
Tenir.

Lâchons pas le morceau.
Arrêtons de nous dissiper.
Arrêtons de nous quereller,
de nous fragmenter.

Faisons pas de concessions.
Il n’y a pas de concession avec la vie.

On vit,
alors vivons à fond.

C’est la nécessité.
La nécessité d’être,
ensemble.

Et c’est ça qu’il faut tenir.

Tenir… tenir…

On tient.
On s’accorde—
une symphonie dissonante.

La nôtre.

Nous, de nouveau.

Zigzaguer.
Vriller.
Sauter.

Toujours plus haut,
toujours plus longtemps.

Nous volons.
Survolons.

Tête à l’envers,
jusqu’à la perdre.

L’un la rattrape,
l’autre l’écrase.

Je te regarde,
tu me regardes—

« Nous » a disparu.

De nouveau.


inspiration Bora Vocal, Rone avec la voix d’Alain Damasio

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le bruit du silence